L'impact environnemental de l'avocat

Pourquoi l’avocat est-il si mauvais pour l’environnement ?

Vous adorez les avocats ? Mauvaise nouvelle, c’est l’un des aliments les plus destructeurs pour la planète, les humains et les écosystèmes. C’est là tout le paradoxe de l’avocat : ce fruit (car, oui, c’est un fruit), réputé pour ses bienfaits nutritionnels et cosmétiques, plébiscité par les végéta*iens pour remplacer le beurre et les poissons gras, est aussi l’un des pire aliments qui soit en terme d’impact écologique.

Tout comme l’huile de palme, l’avocat est devenu un ingrédient quasi quotidien. Certes on ne le retrouve pas planqué dans les biscuits apéro comme l’huile de palme mais l’avocat est aujourd’hui tellement courant et banal que l’on ne s’interroge même plus sur sa provenance. En une décennie, l’avocat est devenu le fruit à la mode. On le voit partout, et notamment sur Instragram où il cumule plus de 10 millions de publications, dans les restaurants, sur les rayons des librairies et même imprimés sur les objets du quotidien (vêtements, vaisselle, etc.).

Alors, vraiment super ce superaliment ? Pas vraiment. Comme beaucoup d’autres produits exotiques, la demande en avocats des pays dit “occidentaux” a entrainé des catastrophes environnementales et humaines en Amérique du Sud, en Afrique et même en Europe.

La culture de l’avocat étant une manne financière pour toute une région, il est très difficile d’obtenir des informations, que ce soit sur les conséquences écologiques et sanitaire, ou sur les activités illégales liées à cette culture.

Triste ironie de la chose, dans les pays producteurs comme le Mexique, les habitants n’ont même plus les moyens de s’en acheter tellement les avocats coûtent cher. Le Mexique envisage même d’importer des avocats pour la population locale… Alors que nous, on en mange au petit-déjeuner et on s’en sert de shampoing ou de masque exfoliant.

Le marché de l’avocat en chiffres

Le marché de l’avocat est extrêmement lucratif.

  • 4.7Mt d’avocats sont récoltées chaque année dans le monde
  • Le Mexique est le 1er exportateur mondial (= 40 % de la production mondiale d’avocats)
  • L’UE importe 440 000 tonnes d’avocats / an
  • La France est le plus gros importateurs d’avocats, derrière les Etats-Unis
  • La culture de l’avocat génère 75 000 emplois directs au Mexique (et 20 000 emplois indirects)
  • 1000 litres d’eau sont nécessaires pour faire pousser 1 kilo d’avocats
  • 1.3 kilos de CO2 émis pour 1 kilo d’avocats cultivés

Les avocats viennent de loin : le coût du transport

D’où viennent les avocats que nous mangeons ? D’Amérique du Sud (Mexique, Chili, Colombie, Pérou…), d’Afrique (Afrique du Sud, Kenya) et d’Europe (Espagne). On en trouve aussi en provenance de France (Corse et Antilles).

Le bilan carbone l’avocat que vous mangez est catastrophique. En effet, l’avocat est cultivé (très) loin de chez nous. Il est généralement cueilli avant maturité, emballé individuellement puis transporté par bateau dans des conteneur maintenus à une certaine température, aspergé d’éthylène (pour le faire mûrir), avant d’arriver “prêt à manger” sur les étals des marchés et des magasins. Entre la cueillette et notre assiette, le périple peut durer plusieurs semaines.

Ceux qui viennent d’Espagne sont donc plus proches de la France et le bilan carbone allégé d’autant. L’avocat espagnol serait-il plus écologique ? Non, car même s’il vient de moins loin, sa culture est tout aussi gourmande en eau que son cousin mexicain.

L’avocat a besoin de (vraiment) beaucoup d’eau

La culture des avocatiers est extrêmement gourmande en eau : il faut compter entre 1000 et 2000 litres d’eau pour 1 kilo d’avocat, soit 100 000 litres d’eau par jour et par hectare. En comparaison, 1 kilo de tomate ne nécessite que… 200 litres d’eau. Malheureusement, l’avocat a besoin d’eau pendant les saisons chaudes, que ce soit dans l’hémisphère Nord ou l’hémisphère Sud, au moment où l’eau est la moins disponible dans ces régions arides. Les agriculteurs sont ainsi obligés d’irrigué massivement les cultures, au risque de vider les réserves.

En Amérique du Sud, les personnes qui vivent aux abords des cultures, n’ont même plus accès à l’eau pour vivre car elle est entièrement dédiées aux avocats. C’est notamment le cas au Chili où la population est littéralement assoiffée par les cultures d’avocats. Et attendez, ce n’est pas encore le pire.

le désastre écologique de l'avocat

Les cultures d’avocats sont traitées avec des pesticides très dangereux

L’avocat est bien souvent une monoculture. Des milliers d’hectares de culture uniquement consacrées aux avocats pendant des décennies. Les insectes ravageurs et les maladies ont ainsi largement le temps de se multiplier, de s’adapter et de devenir plus résistants aux pesticides et insecticides. D’où une utilisation de plus en plus importantes de produits chimiques : c’est un cercle vicieux.

Les produits utilisés sont hautement toxiques, certains sont interdits en Europe depuis plusieurs années. D’autres sont interdits aussi dans les pays producteurs mais cela n’empêche pas les agriculteurs de les utiliser. Ces produits vont ensuite polluer les sols et l’eau, intoxiquer la faune locale et empoissonner aussi les humains… y compris les femmes enceintes qui doivent avorter ou mettent au monde des enfants malades et malformés.

La culture de l’avocat entraine une déforestation massive

Afin d’avoir un maximum de terres pour cultiver les avocats, les agriculteurs (et par là, je veux dire les entreprises qui sont dernière ce business), n’hésitent pas à raser ou bruler des forêts pour y installer des plantations. 95% des incendies de la région sont intentionnels. Autre méthode : planter des avocatiers sous les arbres puis couper les arbres au fur et à mesure que les avocatiers poussent.

Bien évidemment, comme pour le soja et l’huile de palme, ces déforestations ont des conséquences dramatiques sur l’environnement, la biodiversité et les populations locales. Vous avez envie de pleurer ? Ce n’est pas fini…

Le guerre de l’or vert : l’avocat déclenche des conflits armés dans certains pays

La production d’avocat génère 2.5 milliards de dollars au Mexique. Les cartels Mexicains se sont dit qu’il y avait là une super opportunité de se faire de l’argent. Ces cartels prennent progressivement possessions des terres cultivables ou volent carrément les récoltes, au détriment des agriculteurs locaux qui n’ont d’autres choix que de se soumettre quand ils ne sont pas tout simplement tués. Les habitants de certains villages ont cependant pris les armes pour lutter contre ces cartels. Il y avait les diamants de sang, il y a désormais aussi le sang versé pour l’or vert.

Les plantations illégales sont également de plus en plus nombreuses malgré les interventions de la police locale. On estime à 15 000 hectares la surface totales des plantations illégales au Mexique. Ces conflits armés risquent de se produire dans les autres pays producteurs comme le Kenya, aujourd’hui 6e pays exportateur.

Faut-il boycotter l’avocat ?

Si vraiment vous ne pouvez pas vous passer d’avocat (je ne vous jette pas la pierre, je suis moi-même une aficionados d’avocado toats), je vous conseille de le prendre bio (sans pesticide… ou presque) et si possible en provenance de Corse ou à défaut d’Europe. Sachez aussi que la “vraie” saison de l’avocat s’étale de septembre à juin, y compris pour ceux qui viennent d’Espagne ! Redonnons à l’avocat sa place initiale, celui d’un fruit exotique qui n’a rien à faire dans notre alimentation quotidienne d’occidentaux, et qui doit rester exceptionnel. Il a certes beaucoup de bienfaits, mais il est loin d’être indispensable.

🔎 Sources

La production mondiale d’avocats, Planetoscope.

Ce que vous ignorez sur l’avocat, AJ+, 2020

Faut-il arrêter l’avocat ? Le Parisien, 2020.

L’Avocat : un or vert bon pour la santé, néfaste pour l’environnement, Europe 1, 2019.

Avocat : De la saison au pays d’origine, les clés pour un choix responsable, Madame Figaro, 2019.

L’avocat espagnol est-il plus écologique ? France Info TV, 2019.

L’avocat, le “diamant de sang” responsable de la déforestation en Amérique Latine, Géo, 2019.

Le succès de l’avocat, un désastre environnemental, Bio à la Une, 2019.

L’impact écologique de l’avocat, Brut, 2018.

Manger des avocats : une catastrophe pour l’environnement ?, La Quotidienne, 2018.

L’avocat : entre Etats et mafias, Le Parisien, 2018.

Kenya : le boum de la production d’avocats, Rfi, 2018.

Au Chili, la culture des avocats provoque un désastre écologique, Vegemag, 2018.

Pourquoi il faut arrêter de manger tant d’avocats, Le Monde, 2017.

Les avocats du diable, Envoyé spécial, 2017.

Les avocats, si délicieux mais scandaleux ! Consoglobe, 2017

Ces aliments dont le succès est une menace pour l’environnement, The Conversation, 2016.

Vous ne regardez plus jamais les avocats de la même façon, Le nouvel Obs, 2016.

L’avocat : un délicieux désastre écologique, Courrier International, 2016.

Faut-il continuer à manger de l’avocat ? Madame Figaro, 2016.

La culture de l’avocat fait des ravages, Le Devoir, 2016.

6 réflexions sur « Pourquoi l’avocat est-il si mauvais pour l’environnement ? »

  1. Salut ! Je découvre ton bloc à travers cet article… Je suis depuis peu Mélanie–Le cul de poule– et c’est un de ses billets qui m’a fait venir jusque là…. Bon bon concernant l’avocat, on ne peut plus le nier, même si certains préfèrent ne pas regarder hein ?!
    J’adore l’avocat mais je n’en consomme que très très peu, eh oui j’essaie d’être un peu cohérente. Il ne passe pas un jour sans que je me demande : et au fait cette huile elle est produite comment ? et les bananes c’est bien pratique, et bon, mais mince c’est quoi la saison des bananes ? et le sucre roux est-il vraiment meilleur que le blanc ?
    Bref…. Bien contente d’avoir découvert ton blog, je vais poursuivre ma lecture 🙂

  2. Merci pour ton message Cécile et bienvenue ! On a parfois telkement l’habitude de voir et manger certains aliments que l’on oublie ou ignore tout ce qu’il y a derriere… Je te souhaite une bonne lecture sur mon blog

  3. Je vois encore tellement de personnes déguster des avocats sans complexes… merci pour cet article !
    Christian

  4. Malheureusement, peu de personnes connaissent la culture de l’avocat, moi-même je l’ignorais il y a encore quelques années !

  5. Hello. Merci pour les infos sur les avocats. Moi qui adore en manger, je vais faire attention maintenant… J’essaie d’être cohérente dans l’achat de mon alimentation mais on ne sait que peu de choses sur leurs conditions de production. J’ai de faibles ressources et pourtant comme je consomme pas mal bio, eh bien j’ai mon budget alimentaire qui est supérieur à mon loyer !!!

  6. Malheureusement manger bio coute cher, surtout si l’on consomme des produits animaux. Ce n’est pas à la portée de tous.tes ! Au minimum je conseille de prendre les fruits et légumes en bio et le reste en non bio, c’est d’ailleurs ce que je fais pour ne pas exploser mon budget.

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